La Machine à sculpter

Copie d’un article disparu
mercredi 1er janvier 1000
par  Sébastien Canévet
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J’ai retrouvé sur le site archive.org une copie de cet article aujourd’hui disparu. L’adresse de cette copie est : https://web.archive.org/web/20081122215730/http://www.bergerac.fr/eva/spip.php?page=article-tabac2&id_article=2235

et l’adresse initiale de cet article était : http://www.bergerac.fr/eva/spip.php?page=article-tabac2&id_article=2235

Je le copie ici pour le sauvegarder et le laisser à la disposition des curieux.

 La Machine à sculpter

Cette machine à sculpter de 1863 a été proposée par M. Aschenbrenner et achetée par la ville de Bergerac, avec la participation des F.R.A.M. (Fonds Régional d’Acquisition des Musées). Reconstituée au musée par T.BOISVERT en 1988 sous la direction de M. Clergeot conservateur, elle est une pièce exceptionnelle par sa rareté, (deux exemplaires au monde).

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 - HISTORIQUE :

A partir de 1856, l’utilisation de la bruyère pour fabriquer les pipes, va amener certains artisans de la région de St Claude (Jura) à repenser le mode de travail. A côté de l’artisanat traditionnel, d’autres privilégient un travail plus artistique, d’autres encore un travail semi-industriel.

En 1863, Joseph Dalloz, artisan pipier, a inventé la machine à sculpter les têtes de pipes après moins de 3 ans de travaux pour la concevoir et la réaliser. Merveille de technologie et de bricolage, à l’image de beaucoup d’inventions de cette deuxième moitié du 19ème siècle, elle permet à un seul ouvrier de sculpter en une journée, 14 pipes en même temps (reproduction au quart du modèle original).

Son intérêt est alors double :

. production en nombre : jusque là un ouvrier ne pouvait sculpter que 4 pipes par jour
. diversité de la production : à cette époque, les sculpteurs sont spécialisés sur un seul modèle.

D’autres artisans essayèrent de construire ce type de machine, mais Joseph Dalloz sut préserver les "secrets" de fabrication. Par la suite,le successeur M. Dessertine, neveu de Joseph Dalloz (décédé en 1905), exerça dans le même atelier jusqu’en 1943. La machine fut acquise par la maison Aschenbrenner qui l’utilisa jusqu’en 1958.

Les modèles reproduits changeaient selon les caprices de la mode, de l’actualité politique et artistique. Le critère de choix restant bien sûr la possibilité de vente en grand nombre. Ainsi après Bacchus, d’Artagnan, Voltaire et d’autres, ce furent les généraux de la guerre de 1914 ou plus tard les présidents des Etats-unis (plan Marshall oblige) qui furent représentés sur ces blocs de bruyère.

Joseph Dalloz construisit sa machine en deux exemplaires (le second est au Musée de la pipe à St Claude). Ils restent les seuls témoins de cette tentative d’industrialisation de la pipe. Depuis 1960 environ, ce métier est redevenu manuel et artisanal.

 - LE PRINCIPE :

La machine de Dalloz reproduit 14 ébauchons de bruyère, préalablement entaillés,à partir d’un modèle de tête grandeur nature. Pour ce faire un ensemble de pantographes permettent la réduction au 1/4 de l’original.

1ère Phase (5 à 6 heures de travail) :

Au départ, la tête à copier est fixée dans un cadre mobile sous le palpeur qui est le point zéro du travail. Les ébauchons sont placés sous des axes rotatifs sur lesquels sont vissées les fraises venant rogner le bois. Initialement à vapeur, puis électrique, un moteur placé à l’arrière de la machine entraîne la rotation des axes par une suite de courroies.

Fonctionnement :

Les mouvements donnés au modèle sur le plan horizontal (gauche/droite, avant /arrière) sont retransmis aux supports des ébauchons par deux cadres articulés qui assurent la proportionnalité de la reproduction. Ce travail en deux dimensions est complété par les pantographes agissant de haut en bas. Ce sont ici les axes qui, en montant et descendant, reproduisent les contours du modèle. Ce mouvement vertical est guidé par le palpeur actionné par l’opérateur, à l’aide d’une pédale .
La combinaison de ces deux fonctions permet à l’ouvrier (en déplaçant le modèle en long, en large, en travers et en arrondi) de sculpter progressivement les ébauchons tout d’abord de face, puis de 1/4, de côté et de 3/4 ; une transmission manuelle par engrenages fait pivoter en même temps les 14 têtes de pipes et le modèle, pour permettre le travail sur sept plans. Pour obtenir une qualité de sculpture suffisante, 4 séries de fraises (de plus en plus fines) sont successivement placées au bout des axes.

2ème Phase :

La seconde phase purement manuelle compte 8 heures de travail pour obtenir un produit fini : grattage, polissage, détails à faire ressortir avec des petites gouges, "peignage" des barbes, moustaches et cheveux.

 - LES TÊTES MODÈLES :

Les modèles originaux sont soit sculptés dans un bloc de bois (tilleul, frêne,...) soit fondus dans un alliage à base de plomb. Dans ce cas, le fabricant utilise tout d’abord un modèle de plâtre et si la vente était probante, il réalisait le modèle en fonte pour une utilisation plus durable. Parfois, ces têtes étaient recyclées pour en obtenir d’autres à moindre frais. Ainsi quelques épaisseurs de cire durcissante et quelques coups de lime bien placés, ont transformé par exemple Victor Hugo en Terre-Nuevas.

Le choix des têtes était varié :

. Animaux : chien, cheval,
. Région : Alsacienne, Breton, Basque...
. Classique : Bacchus, D’Artagnan, Diane, Gaulois...
. Oeuvres connues : Voltaire par Houdan, Chant du départ de Rude...
. Hommes célèbres : Churchill, Dante, De Gaulle, Foch, Homère, Joffre et beaucoup de présidents Américains (Lincoln, Roosevelt, Washington...)

Les Modèles de la Machine :

- Bois : Churchill, Dante, Franklin, Homère, Toscanini
- Plâtre : De Gaulle, Roosevelt
- Métal : Clemenceau, Diane, Edouard VII, Foch, Garibaldi, Herriot, Joffre.


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